Les Jachères Apicoles
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Jachères et autres infrastructures écologiques, supports de la biodiversité dans les paysages agricoles

Le caractère plus ou moins favorable d’un paysage agricole pour la biodiversité dépend d’un facteur principal, c’est le pourcentage d’éléments fixes, encore appelés éléments semi-naturels ou infrastructures écologiques : plus ce pourcentage est important, plus le paysage accueille une grande biodiversité. Ce facteur du pourcentage de présence semble même plus important que celui de la connectivité entre ces éléments du paysage ou que celui du degré d’intensification de l’agriculture.
 
 

Le rôle primordial des infrastructures écologiques pour la biodiversité agricole

Le rôle majeur pour la biodiversité du pourcentage d’infrastructures dans le paysage est illustré par des résultats d’études montrant clairement la corrélation entre ce pourcentage et divers indicateurs de biodiversité. Deux exemples ci-dessous, tirés d’une étude réalisés dans 25 paysages répartis dans 7 pays européens (dont la France), qui présentent l’impact de ce pourcentage sur la richesse spécifique des oiseaux ou celle des plantes herbacées :

Lien entre le pourcentage d’éléments fixes du paysage et la richesse spécifique des oiseaux et des plantes herbacées. Source : Billeter et al., 2008
 
L’Expertise Scientifique Collective de l’INRA d’où sont tirées ces figures note que "dans ce type d’étude, les variables caractérisant plus finement le paysage (nombre, taille et densité des patchs semi-naturels, et indices de fragmentation) ne semblent pas avoir un rôle majeur sur la diversité spécifique de ces  grands groupes taxonomiques. La connectivité influence par contre d’autres caractéristiques, telles que la répartition en classe de taille corporelle et en guildes (ensembles d’organismes utilisant une même ressource trophique)" (X. Le Roux et al. 2008).
 
L’observation selon laquelle le degré d’intensification est un facteur apparemment moins important que le pourcentage d’éléments fixes du paysage est notamment illustré par les résultats d’une étude réalisée par l’Université de Leeds, qui a mis en évidence qu’une "zone d’agriculture conventionnelle avec 2,5 % de réserves (NDRBA : c'est-à-dire d’infrastructures écologiques) permet d’obtenir une densité égale de papillons à une zone sans réserves mais avec 20 % de surfaces bio" (Hodgson et al 2010).
 
 

Une diversité d’éléments semi-naturels favorables à la biodiversité

Dans les paysages agricoles, les principales infrastructures écologiques que l’on retrouve sont :
 
Les ligneux :
  • bosquets, arbres en groupes ou isolés
  • les lisières de bois
  • les haies et alignements d’arbres (comme en agroforesterie)
  • les vergers
 
Les zones herbacées :
  • prairies permanentes, landes, estives, alpages, parcours
  • bordures de champs, avec un couvert spontané ou implanté
  • les chemins agricoles
  • les fossés
  • les zones herbacées retirées de la production et ne recevant pas d’intrants
 
Les zones humides :
  • mares, lavognes
  • tourbières
  • cours d’eau
 
Et d’autres éléments du paysage agricole tels que :
  • murets
  • terrasses
  • les éléments de petit bâti rural traditionnel.
 
Le point commun à tous ces éléments du paysage est la pérennité de leur présence dans l’espace agricole. C’est pourquoi une jachère qui serait uniquement annuelle ne peut logiquement pas être considérée comme un élément « fixe » du paysage.
 
 

L’état des infrastructures écologiques est aussi important que leur présence

Si la question de la pérennité des éléments semi-naturels est primordiale pour juger de leur réel intérêt pour la biodiversité, une autre notion est au moins aussi importante, c’est celle de l’état de ces éléments du paysage. En effet, une haie monospécifique et taillée deux ou trois fois par an afin de ne jamais dépasser 1m de large et 1,5m de haut, n’apporte pas les mêmes bénéfices pour la biodiversité qu’une haie diversifiée, composée de plusieurs strates de végétation (avec présence à la fois d’arbustes et d’arbres plus hauts), bordée par une bande herbacée de chaque côté, et taillée seulement une fois tous les deux ou trois ans.
 
Chacune des différentes infrastructures agroécologiques citées ci-dessus peut ainsi être définie par son état, et cet état influe de manière importante sur l’intérêt réel de l’élément pour la biodiversité. Ce qui pourrait faire regretter que cette question de l’état ne soit pas davantage pris en compte dans certaines réglementations concernant les éléments fixes du paysage.
Source :
- Billeter R., Liira J., Bailey D., Bugter R., Arens P., Augenstein I., Aviron S., Baudry J., Bukacek R., Burel F., Cerny M., De Blust G., De Cock R., Diekotter T., Dietz H., Dirksen J., Dormann C., Durka W., Frenzel M., Hamersky R., Hendrickx F., Herzog F., Klotz S., Koolstra B., Lausch A., Le Coeur D., Maelfait J.P., Opdam P., Roubalova M., Schermann A., Schermann N., Schmidt T., Schweiger O., Smulders M.J.M., Speelmans M., Simova P., Verboom J., van Wingerden W.K.R.E. and Zobel M. (2008). Indicators for biodiversity in agricultural landscapes: a pan-European study. Journal of Applied Ecology 45(1): 141-150. In X. Le Roux, R. Barbault, J. Baudry, F. Burel, I. Doussan, E. Garnier, F. Herzog, S. Lavorel, R. Lifran, J. Roger-Estrade, J.P. Sarthou, M. Trommetter (éditeurs), 2008. Agriculture et biodiversité. Valoriser les synergies. Expertise scientifique collective, rapport, INRA (France).
 
- Hodgson, Jenny A.; Kunin; W. E.  et al. (2010) Comparing organic farming and land sharing: optimizing yield and butterfly populations at a landscape scale. Ecology Letters, doi: 10.1111/j.1461-0248.2010.01528.x.
 
- X. Le Roux, R. Barbault, J. Baudry, F. Burel, I. Doussan, E. Garnier, F. Herzog, S. Lavorel, R. Lifran, J. Roger-Estrade, J.P. Sarthou, M. Trommetter (éditeurs), 2008. Agriculture et biodiversité. Valoriser les synergies. Expertise scientifique collective, rapport, INRA (France).


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