Les Jachères Apicoles
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La surmortalité des abeilles : faits et chiffres

Depuis que l’abeille a été « domestiquée », les apiculteurs savent que leurs colonies, à titre individuel, ne sont pas immortelles. Si, en théorie, le renouvellement de la population d’ouvrières et de la reine dans la ruche confère une durée de vie potentiellement infinie à une colonie, les apiculteurs savent bien quelles nuances apporter à cette théorie. La mortalité des abeilles est un phénomène normal et continuel dans les ruchers. A l’échelle quotidienne, en plein cœur de la saison d’élevage des ouvrières (de février / mars à septembre / octobre), ce sont entre 1000 et 2000 butineuses qui meurent tous les jours, pour être remplacées par de jeunes ouvrières, élevées dans la ruche (cf. 1ère partie le fonctionnement d’une colonie d’abeilles). A l’échelle annuelle, les apiculteurs savent que les colonies les plus faibles (habituellement, de 10 à 15% des ruches) ne passeront pas l’hiver. Ces mortalités sont considérées comme normales. Alors, qu’entend-on par sur-mortalités des colonies d’abeilles ?
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On trouve dans la littérature, et selon les pays, une multiplicité de termes pour évoquer les « troubles » des colonies d’abeilles. Sont évoqués des surmortalités, un (syndrome de) dépeuplement, la dépopulation, le dépérissement, des intoxications (aiguës ou chroniques), des mortalités foudroyantes, des mortalités insidieuses, des chutes de population, des disparitions, des désorientations, des comportements anormaux (de butinage)… Bref, cette multiplicité de termes recouvre bien une pluralité de phénomènes. Essayons d’en décrire rapidement quelques-uns  :
 
 
Les intoxications : comme pour l’homme, on parle d’intoxication lorsque les abeilles sont en contact avec un produit dangereux pour leur santé. Il existe deux types d’intoxications :
-         l’intoxication aiguë, qui se traduit par une mortalité importante à court terme des abeilles, à l’intérieur comme à l’extérieur de la ruche. Elle est due à un contact à doses létales (entraînant la mort) avec le(s) produit(s),
-         l’intoxication chronique, qui se traduit à moyen et long terme par un affaiblissement de la colonie. Elle est due à un contact à doses sublétales (insuffisantes pour entraîner directement la mort) avec le(s) produit(s).
En milieu rural, la principale source d’intoxication (contact avec un produit dangereux) des abeilles est une mauvaise utilisation de produits de protection des plantes, appliqués en dehors des bonnes pratiques agricoles (pour plus d'informations sur les Bonnes Pratiques Agricoles, voir ici) et des préconisations.
 
La sur-mortalité hivernale des colonies : depuis plusieurs années, dans certains ruchers, le nombre de colonies qui ne réussissent pas à passer l’hiver est très supérieur aux 10 à 15% de pertes considérées comme normales : certaines années, ce chiffre est de 20, 30, 40, parfois 50%, voire plus dans les situations les plus défavorables. Comme cela a été dit, ce sont les colonies les plus faibles qui ne survivent pas à la saison froide, et ces surmortalités hivernales sont sans doute à relier, dans la plupart des cas, à une mauvaise préparation à l’hivernage et/ou à un hiver (très) rigoureux.
 
Le (syndrome de) dépeuplement des colonies : « ce phénomène se caractérise par la progressive diminution du nombre d’abeilles dans une colonie, sans cause apparente, jusqu’à que cette dernière entre en collapsus et disparaisse car les abeilles survivantes ne peuvent continuer les taches élémentaires au sein de la colonie » (source : HIGES et al., 2005, in LSA n°211). Les abeilles meurent parfois au pied de la ruche, parfois au loin lors de leur activité de butinage.
  
 
Ces affaiblissements des colonies entraînent, entre autres conséquences, des baisses de la production de miel, baisses particulièrement néfastes pour tous les apiculteurs qui vivent de la vente des produits de la ruche. Au niveau français, ces baisses restent toutefois très difficiles à évaluer avec précision. Pour exemple, dans l’audit de la filière apicole paru en 2005, les chiffres annoncent une production de miel en 2004 inférieure de 12% par rapport à la production de 1997 (chiffre à prendre avec beaucoup de précautions*). La profession apicole française, elle, estime cette diminution à 30% entre 1996 et 2004 (Delorme, 2004).
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Quelques chiffres sur la mortalités des abeilles dans le monde : le tableau suivant présente les résultats d’un certain nombre d’études qui ont cherché à quantifier les mortalités d’abeilles :
 
Pays
Taux de mortalité (en %)
Taux moyen de mortalité (en %)
Années
Références
Allemagne
17,8-61,1
29
2003
Otten, 2003
Angleterre
-
40
1992
Brown, 2000
Autriche
0-80
30
2002
Ulz, 2003
-
28,2
2003
Otten, 2003
Belgique
0-70
-
1999
Bruneau & Jacobs, 1999
-
22
2002
Simoens & Jacobs, 2004
-
34
2003
Lefebvre & Bruneau, 2003
6,1-18,4
14,6
2004
Lefebvre & Bruneau, 2005
0-84
17
2005
Haubruge et al., 2005
Canada
37-58
-
2003
Boucher & Desjardins, 2003
Espagne
10-90
-
2004
Anonyme, 2005
France
-
0,68
2004
Anonyme, 2004
Lichtenstein
-
18
2003
Biedermann, 2003
Luxembourg
-
18,1
2003
Otten, 2003
Suisse
-
32
1998
http://www.beekeeping.com/articles/fr/oxalic_2.htm
-
33
1999
7-64
23,2
2003
Charrière & al., 2003
-
26,4
2003
Otten, 2003
USA
-
40-60
2005
Salisbury, 2005
USA (Californie)
-
50
2005
Salisbury, 2005
USA (Wisconsin)
-
44
1993
Phibbs, 1996
-
45
1994
-
29
1995
USA (Pennsylvanie)
53-70
-
1996
Finlcy & al., 1996
55-60
-
1997
Frecon, 1997
31,7-51
-
2001
Caron & al., 2005
12,3-14,3
-
2002
-
30
2003
40-50
-
2004
23,8-36
-
2005
Source : Haubruge & al., 2005
 
 
On notera la variabilité relativement importante des résultats d’un pays à l’autre, et, dans un même pays, d’une année à l’autre, d’un rucher à l’autre, (et d’une étude à l’autre). Mais quoi qu’il en soit, ce tableau présente des situations de mortalités anormalement élevées pour les colonies d’abeilles dans la plupart des pays où ce type d’étude a été mené. La problématique de l’affaiblissement des colonies d’abeilles est donc un véritable problème, reconnu bien au-delà du seul monde apicole, par nombre de scientifiques et de décisionnaires. En France, grâce à la mobilisation des apiculteurs, le grand public a pu prendre connaissance des difficultés traversées par l’apiculture contemporaine à partir du milieu des années 90.
 
Concernant les mortalités d’abeilles en France : le tableau annonce une mortalité extrêmement faible (moins de 1%) : selon les auteurs, les apiculteurs français ont mis en avant leur malaise en se basant sur des constatations de baisses de production de miel. Mais ils se posent la question suivante : « Ce critère de production de miel est-il réellement objectif pour mettre en évidence le dépérissement des abeilles ? Peut-il être en relation directe avec la surmortalité ? » (Haubruge et al., 2005). Nous n’avons pas ici la prétention d’apporter des réponses à ces interrogations, mais nous devons reconnaître qu’elles doivent effectivement être posées.
Source :
- Eric HAUBRUGE, Kim NGUYEN BACH, Joëlle WIDART, Edwin DEPAUW, La surmortalité des abeilles: faits et causes… – Académie française d’Agriculture décembre 2005,
- Mariano HIGES, Raquel MARTIN, Alberto SANZ, Noemi ALVAREZ, Angel SANZ, Maria DEL PILGAR GARCIA, Arnzazu MEANA, Le syndrome de dépeuplement de ruches en Espagne, article paru initialement dans Vida Apicola n°133 Septembre-Octobre 2005, traduit par Jean de Sousa pour La santé de l’abeille n°211 février 2006,
- Audit de la filière miel 2005 – Réactualisation des données économiques issues de l’audit 1997 – GEM / ONIFLHOR, document en téléchargement libre à cette adresse : http://www.cnda.asso.fr/Audit%20GEM.htm,
- Robert DELORME, juin 2004, Du côté des experts… Abeilles et insecticides, In Bulletin Technique Apicole, 31 (2), 2004, pp. 61-64,
- Communication personnelle : entretien téléphonique le 17 février 2006 avec Axel Decourtye, Ingénieur Direction Technique, Spécialiste abeilles, ACTA, Lyon.


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