Les Jachères Apicoles
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  (23/10/2013) Efficacité des mesures agro-environnementales de lutte contre le déclin des pollinisateurs : les facteurs environnementaux déterminants



Une étude relayée le mois dernier par le service d’information scientifique de la Commission Européenne fait des observations intéressantes sur l’efficacité des pratiques agricoles mises en œuvre pour lutter contre le déclin des pollinisateurs sauvages. Pour mieux connaître les facteurs environnementaux qui influencent cette efficacité, les auteurs de l’étude ont analysé les résultats de 71 travaux précédemment menés sur les pratiques de protection des pollinisateurs. Les indicateurs d’efficacité retenus sont l’abondance et la diversité des abeilles sauvages, syrphes, papillons de jour, et papillons de nuit.


Les différentes mesures testées dans ces 71 études ont pu être regroupées en quatre grandes catégories, ce qui constitue sans doute un bon résumé des principales pistes actuellement explorées pour tenter de freiner le déclin des pollinisateurs :

-          Le semis sur de petites surfaces de mélanges de plantes dédiés aux pollinisateurs et à leur alimentation (ce que nous appelons ici les jachèresLa jachère est l'état d'une terre arable au repos dans l'intervalle entre deux cultures. Le terme désigne aussi, par métonymie, cette terre elle-même (source : Wikipédia) apicoles),

-          la gestion extensive de bords de champs ou de délaissés type jachère fixe, qui peuvent faire l’objet d’un semis initial de graminées,

-          les prairies extensive / en cours d’extensification (ce qui ne peut donc fonctionner qu’en zone d’élevage),

-          et l’agriculture biologique.


On remarque ici que les pistes travaillées pour enrayer le déclin des pollinisateurs sauvages consistent :

-          soit à produire de nouvelles ressources florales (qui constituent aussi souvent des sites de nidification) sur des espaces agricoles la plupart du temps non productifs,

-          soit à tendre vers une extensification de l’exploitation des espaces productifs, au travers de l’extensification des prairies ou du changement de pratiques lié à la conversion à l’agriculture biologique.


Le premier résultat de l’étude montre que le pourcentage (réel, pas coefficienté à la sauce SET) d’infrastructures agroécologiques (IAE) du paysage conditionne en partie l’intérêt des pratiques pour les pollinisateurs. Et comme on s’y attendait un peu, intuitivement, il ressort que les actions mises en œuvre pour les pollinisateurs sont plus efficaces (attirent plus de pollinisateurs sauvages) dans les paysages où le pourcentage d’IAE est réduit. En l’occurrence, l’étude identifie un seuil à 20%.


Lorsqu’elles sont réalisées dans des zones où les éléments naturels et semi-naturels occupent plus de 20% du paysage, l’efficacité des pratiques est inférieure. Et ainsi, elles sont plus efficaces dans les zones de culture que dans les zones de prairies, et présentent un pic d’efficacité dans les plaines de grandes cultures.


Cela s’explique par le fait que quand, par exemple, vous laissez se régénérer naturellement, par un entretien extensif, des bords de champs ou d’autres zones non productives, cela créé une augmentation relative de la ressource florale disponible plus élevée dans les zones de grandes cultures que dans les paysages de prairies. Dans les zones de prairies, des fleurs sont déjà présentes dans les parcelles exploitées, et le % d’IAE plus élevé rend moins salutaire pour les insectes floricoles la régénération naturelle d’un habitat, cultivé ou non.


En caricaturant un peu, on peut dire que dans les zones de prairies, la régénération naturelle d’un bord de champ ne constitue pas l’apparition d’un oasis floral pour les pollinisateurs sauvages, alors que dans les zones de grandes cultures si.


Il faut également noter que, sur la base de quatre études (toutes réalisées en Hollande), l’efficacité des mesures de lutte contre le déclin des pollinisateurs chute et devient nulle dans les paysages simplifiés à l’extrême (% d’IAE inférieur à 1%, cleared landscapes).


Cela suggère que quand il n’y a plus suffisamment de supports naturels ou semi-naturels à la présence des pollinisateurs dans le paysage (donc selon cette étude quand le % réel d’IAE passe en dessous de 1%), des mesures spécifiques ponctuelles ne sont plus suffisantes pour permettre une augmentation de leur présence. Les pollinisateurs ont largement déserté la zone faute de ressources disponibles, et la réapparition localisée de fleurs ou la diminution des pesticides ne sont pas suffisants pour les faire revenir (tant que le % d’IAE n’est pas remonté au-dessus de 1% ? l’étude ne s’interroge pas sur cette question complémentaire).


L’étude compare également entre l’efficacité des différentes pratiques, en fonction du type de paysage.


Dans les zones de prairies, les semis de fleurs ont un effet positif marqué (malgré le nombre réduit d’études disponibles sur le sujet), l’extensification des prairies un effet positif faible, et l’agriculture biologique n’a pas d’effet positif, cela aussi bien sur l’abondance que sur la diversité des pollinisateurs sauvages.


Dans les zones de culture, les trois pratiques comparées (semis de fleurs, gestion extensive des bords de champs et autres zones non productives, et agriculture biologique) présentent toutes un effet positif à la fois sur l’abondance et sur la diversité. Si les trois pratiques présentent une efficacité comparable sur la diversité des pollinisateurs, les semis de fleurs ont un effet positif sur l’abondance de pollinisateurs significativement supérieur à celui de l’agriculture biologique (la gestion extensive des bords de champs présentant une efficacité intermédiaire).


Les auteurs expliquent ces résultats en faisant de nouveau appel à la notion de contraste en disponibilité florale, plus important quand on sème des fleurs dans des zones non productives que quand on substitue la chimie de synthèse par des molécules d’origine naturelle dans les parcelles de production.


Les derniers résultats issus de cette étude montrent que en ce qui concerne les semis de fleurs, leur intérêt pour les pollinisateurs sauvages augmente avec le nombre d’espèces semées (ce qui selon nous n’est pas forcément le cas pour l’abeille domestique) ; enfin, les auteurs montrent que selon leur analyse, l’efficacité des mesures de protection des pollinisateurs sauvage ne diminue pas avec l’intensification des pratiques (l’indicateur retenu pour juger du niveau d’intensification étant la quantité de fertilisation azotée par hectare).


L’ensemble de ces résultats est assez intéressant notamment parce qu’il remet en cause certaines thèses qui affirment que les mesures de protection des pollinisateurs voient leur efficacité diminuer avec l’intensification de l’agriculture. Ainsi, cette étude montre qu’il est plus que jamais pertinent de mener des actions en faveur des pollinisateurs dans les zones de grandes cultures, et que c’est même justement dans ces paysages que les mesures sont les plus efficaces.


Au Réseau Biodiversité pour les Abeilles, nous ne sommes pas surpris de voir une étude qui confirme à la fois que l’implantation de mélanges fleuris est la solution la plus efficace pour favoriser* les pollinisateurs sauvages, et qu’il est tout à fait pertinent de mener ce type d’action dans les zones de grandes cultures.


Cette étude montre que pour freiner le déclin des pollinisateurs sauvages dans l’espace agricole, il est plus efficace d’agir sur ce qu’il faudrait faire en plus (notamment produire de la ressource alimentaire et des zones de nidification) plutôt que d’agir sur ce que l’on fait en trop et qu’il faudrait arrêter (notamment le recours à la chimie de synthèse pour la protection sanitaire des plantes).


Les types de pratiques étudiées sont évidemment très proches, et se croisent avec les pratiques dédiées à l’abeille domestique. Le projet POLINOV avait par exemple identifié que la piste la plus prometteuse pour soutenir la santé et la production du cheptel apicole est celle qui s’appuie sur la mise en place de jachèresLa jachère est l'état d'une terre arable au repos dans l'intervalle entre deux cultures. Le terme désigne aussi, par métonymie, cette terre elle-même (source : Wikipédia) apicoles (combinées avec des rotations innovantes, toujours dans un objectif d’augmenter la disponibilité en fleurs).


Mais pour les politiques apicoles françaises, on attend toujours que les solutions à base de production de ressources florales soient enfin considérées (au moins) au même niveau que celles qui tendent à l’extensification des pratiques de production.


Cet article souligne indirectement qu’un plan de soutien aux pollinisateurs qui mettrait l’accent sur la réduction de la chimie de synthèse serait moins efficace qu’un plan centré sur les pratiques de développement de la ressource alimentaire. Probablement que les deux types de pratiques sont complémentaires, là n’est pas la question, mais il est par contre avéré que des actions trop faibles sur le volet ressources alimentaires ne permettrait pas d’obtenir un plan très efficace.


Vous ne trouvez pas étrange, vous, que la pratique manifestement la plus efficace ne soit pas davantage soutenue politiquement (cf. le plan de développement durable de l’apiculture du Ministère de l’Agriculture de février 2013 qui, sur le volet du développement de la ressource alimentaire, propose d’aller vers… une extensification des pratiques sur les parcelles de production…) ?


 
Julien Chagué - Rédacteur en chef
Reproduction autorisée avec mention : © Réseau Biodiversité pour les Abeilles
 

* Il est Intéressant de noter que les auteurs de cette étude ne semblent pas avoir de doute sur le fait qu’introduire dans le paysage de nouvelles ressources alimentaires sélectionnées pour les pollinisateurs ne fait pas que les attirer, mais contribue réellement à les renforcer.
 
 
 
Sources :
Les références de l’étude : Scheper, J., Holzschuh, A., Kuussaari, M., et al. (2013). Environmental factors driving the effectiveness of European agri-environmental measures in mitigating pollinator loss – a meta-analysis. Ecology Letters. 16: 912–920. DOI: 10.1111/ele.12128.
Le relai de l’étude par le service d’information scientifique de la communauté européenne.
Le texte complet de la publication.



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