Les Jachères Apicoles
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  (30/10/2013) Congrès de la FNOSAD : quelles priorités sanitaires pour l’apiculture française ?



La fédération des organisations sanitaires apicoles départementales, la FNOSAD, a tenu il y a une quinzaine de jours son congrès bisannuel à Aix-les-Bains. Michel Deprost sur enviscope en rapporte un état des lieux des actuelles préoccupations des organisations sanitaires apicoles.


Pour les scientifiques et les techniciens, et pour de très nombreux apiculteurs qui constatent les dégâts, il ne fait plus guère de doute que le varroa est le facteur n°1 de surmortalité de l’abeille domestique. Par ailleurs, les indices se multiplient sur le rôle délétère que joue un autre parasite d’origine asiatique, le Nosema ceranae.


Dans le même temps, il ne fait plus guère de doute non plus sur l’importance de l’alimentation dans la santé des abeilles, sujet sur lequel les anglophones pourront trouver une bonne synthèse ici.


Mais pour les responsables sanitaires apicoles, nous rapporte Michel Deprost, les principales inquiétudes, en octobre 2013, sont surtout liées aux effets des OGM et des pesticides.


On constate donc qu’il existe un décalage entre, d’une part, les priorités sanitaires perçues par les scientifiques et les techniciens, et d’autre part celles perçues par certains responsables sanitaires apicoles.


La première hypothèse qui pourrait expliquer ce décalage, c’est celle d’un trop grand éloignement des scientifiques des réalités du terrain. Bon, quand on prend le temps d’étudier un peu les matériels et méthodes des études scientifiques en question, on en vient assez rapidement à évacuer cette hypothèse. Le nombre de ruches suivi dans la moindre étude est souvent supérieur au nombre de colonies que possèdent à titre personnel bon nombre d’apiculteurs amateurs. Difficile de prétendre que les scientifiques ne savent pas de quoi ils parlent.


L’autre hypothèse, ce serait que ces responsables sanitaires apicoles accusent un déficit de connaissances des conclusions scientifiques.


Cela fait plusieurs années maintenant que le varroa est largement désigné comme l’ennemi n°1, et que son impact négatif majeur est confirmé année après année. Le fait qu’il n’apparaisse pas en 2013 parmi les priorités des organisations sanitaires apicoles (en tous cas telles que les rapportent enviscope) semble en effet indiquer que :

- soit les responsables sanitaires apicoles se tiennent depuis plusieurs années à l’écart de toute publication qui démontre le rôle majeur des pathologies dans la surmortalité des abeilles domestiques (on a tout de même du mal à y croire),

- soit ils considèrent que ces résultats scientifiques ne sont pas justes, et ils décident alors de donner plus de poids à leurs observations qu’à ces études scientifiques.


Le problème, c’est que leurs observations, qui donc leur font affirmer que les principaux soucis de l’apiculture sont les OGM et les pesticides, semblent aussi être (au moins en partie) en décalage avec la réalité.


En France, les cultures d’OGM sont dans les faits interdites depuis 2008. Donc, selon ces responsables sanitaires apicoles, une des deux principales menaces actuelle et à l’avenir pour l’apiculture française, ce sont des plantes qui ne sont plus cultivées depuis 5 ans (et dont on voit mal comment, étant donné le contexte français, elles pourraient revenir en culture à court ou même moyen terme). Là on n’est plus dans le décalage, on a carrément l’impression d’être dans le déni de réalité.


Sur les pesticides, la question est sans doute plus complexe, puisque déjà ils sont encore largement utilisés par les agriculteurs. Néanmoins, il faut tout de même se rappeler que les principales préoccupations des apiculteurs (sur les insecticides en traitements de semences utilisés sur des plantes nectarifères et / ou pollinifère) ont toutes été entendues par les pouvoirs publics. En 2004, c’est le Gaucho et le Régent qui étaient interdits (vous ne vous rappelez pas ? il paraît que ça devait sauver l’apiculture). Puis au printemps 2013, ce sont les néonicotinoïdes dans leur ensemble qui ont été suspendus pour au moins 2 ans. Le Ministère français de l’Agriculture avait même devancé cette décision en interdisant le Cruiser sur colza plus tôt dans l’année.


On note au passage que ces différentes interdictions se sont toutes basées sur le principe de précaution, ce qui signifie donc qu’il n’y a pas de preuve irréfutable pour appuyer ces décisions.


Et donc, entendre, en octobre 2013, les responsables sanitaires apicoles déclarer que les pesticides font partie des principales préoccupations sanitaires pour l’apiculture, ça interroge. On se demande jusqu’où il faudra aller pour que les apiculteurs cessent de considérer que les pesticides sont le principal problème de l’apiculture ? Jusqu’à la conversion de l’ensemble de la surface agricole utile européenne à l’agriculture biologique ? Si c’est ça, ça risque quand même de créer plus de problèmes que ça n’en résoudra.


Le plus triste dans cette affaire, c’est surtout que le gros des troupes des apiculteurs amateurs, qui sans doute font confiance à leurs responsables pour les tenir informés, restent ainsi tenus à l’écart d’un certain nombre de réalités indiscutables sur les pathologies apicoles. Au détriment de la santé du cheptel.

Julien Chagué - Rédacteur en chef
Reproduction autorisée avec mention : © Réseau Biodiversité pour les Abeilles


Source :
Le compte-rendu du congrès de la FNOSAD publié sur enviscope.
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