Les Jachères Apicoles
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  (08/11/2013) Cartographie européenne des zones en déficit de pollinisation



Lentement mais sûrement, les outils permettant d’avancer dans la compréhension des conséquences pour l’agriculture du déclin des pollinisateurs continuent d’être développés.


Lu pour vous sur Actu-Environnement la semaine dernière : une étude du centre de recherche de la commission européenne se propose de cartographier, à l’échelle européenne, la capacité des écosystèmes à assurer la pollinisation des cultures. En particulier, l’étude se concentre sur la pollinisation des cultures assurée par les insectes à rayon d’action réduit (de l’ordre de 500 m), en retenant les abeilles sauvages dans leur modèle.


L’étude est à notre connaissance la première à proposer une méthodologie de cartographie des zones où l’agriculture est en situation de déficit de pollinisation par les abeilles sauvages. Pour ce faire, ils ont élaboré (sur la base de précédents travaux) un « indice de potentiel de pollinisation relative », qui croise :
  • la capacité des écosystèmes à accueillir des abeilles sauvages (notamment par la présence de lisières forestières, prairies, ripisylves et autres zones semi-naturelles),
  • et le besoin de l’agriculture en pollinisation, estimé sur la base d’une analyse des assolements.

Bien que les cultures les plus dépendantes de la pollinisation entomophile (arboriculture et maraîchage notamment) ne soient que relativement peu présentes dans les zones de grandes cultures, les plaines céréalières sont identifiées comme étant les secteurs où l’agriculture supporte les plus gros déficits de pollinisation par les abeilles sauvages. Cela illustre bien que même dans ces paysages la demande agricole en pollinisation est relativement importante, tirée entre autres par les surfaces d’oléagineux ou par les productions de semences.


Les auteurs citent ainsi plusieurs régions que leur modèle identifie comme présentant les plus gros déficits de pollinisation par les insectes sauvages : l’Est du Royaume-Uni, les zones céréalières en France autour de Paris, certaines zones dans le centre de l’Espagne, la plaine du Po en Italie, certaines zones dans le Nord de l’Allemagne, de la Pologne et de Slovaquie, et le long du Danube en Bulgarie et en Roumanie.


Les auteurs tirent aussi de leur travail de nouvelles estimations de l’impact qu’aurait une disparition des pollinisateurs sur la production agricole européenne. Ils estiment ainsi que la production des cultures dépendantes de la pollinisation entomophile diminuerait de 25 à 30% en cas de disparition des pollinisateurs. Les pays avec une forte présence relative de cultures fruitières et maraîchères sont logiquement plus impactés que les autres (Autriche et Estonie notamment). La France se situe dans le haut de la fourchette, avec une diminution attendue de la production des cultures concernées estimée à environ 30%. Les variations intra régionales sont également évoquées, avec le cas particulier de la région Midi-Pyrénées, qui selon les résultats de l’étude présenterait un fort déficit de pollinisation pour environ 20% des zones agricoles.


Alors certes, le modèle utilisé mériterait d’être consolidé, selon nous au moins sur deux points :
  •  seul un groupe de pollinisateurs sauvages (les abeilles sauvages), à faible rayon d’action, est considéré comme indicateur, ce qui fait que la carte proposée dans l’étude ne peut pas prétendre refléter fidèlement le potentiel de pollinisation global, mais seulement celui de la pollinisation réalisée par les abeilles sauvages (et les autres groupes de pollinisateurs sauvages à rayon d’action équivalent à celui des abeilles sauvages).

Les auteurs reconnaissent que l’utilisation dans leur modèle d’espèces ou groupes d’espèces à plus grand rayon d’action (bourdons ou abeille domestique par exemple) produirait une cartographie différente. La bonne nouvelle, c’est que selon eux leur modèle pourrait tout à fait s’adapter à d’autres groupes de pollinisateurs, pourvu que l’on dispose des caractéristiques des espèces nécessaires au modèle.

On aurait d’ailleurs bien envie d’aller leur demander ce que prévoirait leur modèle s’il s’intéressait, par exemple, à l’abeille domestique et aux bourdons, et qu’on intégrait, dans les données d’occupation de l’espace des zones de grandes cultures, des milieux type jachère apicole sur 0,5 à 1% de la SAUSurface Agricole Utile.
 
  • la manière dont est coefficienté l’intérêt pour les abeilles sauvages des différents compartiments des paysages reste relativement grossière (difficile de faire autrement étant donnée la taille du secteur géographique couvert (l’ensemble de l’Union Européenne). A une échelle plus modeste, on pourrait apporter davantage de précisions à ce facteur, augmentant d’autant la pertinence de la cartographie des résultats.

On retient en tous cas l’avancée que ce travail représente dans la recherche de moyens objectifs permettant d’aller vers un ciblage des actions à mettre en œuvre en faveur des pollinisateurs. Définir correctement les zones d’actions prioritaires semble en effet être un préalable important à la mise en place d’un plan d’action spécifique.


On retient également que c’est dans les zones de grandes cultures que l’écosystème est le moins à même d’assurer la pollinisation des cultures par les abeilles sauvages. Dans un sens, ça tombe bien, puisqu’on a aussi appris plus tôt cette année que c’est justement dans ces paysages de grandes cultures qu’il est le plus efficace de mettre en œuvre des mesures de protection des pollinisateurs.


Julien Chagué

Reproduction autorisée avec mention : © Réseau Biodiversité pour les Abeilles
et un lien vers le présent article



Sources :

- Texte complet de la publication (cliquer sur Download PDF full texte)

- L’article d’Actu-Environnement



Cet article a été ajouté en ressource à la rubrique Les services agroécosystémiques : une relation de bénéfices réciproques entre agriculture et biodiversité
 
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