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  (11/12/2013) Désorientation des abeilles, ces autres causes dont on entend si peu parler




Quand il est question dans les médias de désorientation des abeilles, de butineuses qui n’arrivent plus à retrouver leur ruche, ce phénomène est souvent présenté comme étant causé par les phytosanitaires .


Pourtant, d’autres causes peuvent être à l'origine de ce phénomène.


En fait, il a été montré que certains ravageurs ou pathogènes, dont deux parmi les plus prévalents, peuvent entraîner une désorientation des abeilles.


Des travaux, d’une même équipe, publiés successivement en 2006 et en 2010 dans Apidologie montrent respectivement que le varroa et le Nosema ceranae entraînent aussi des pertes d’orientations des abeilles, qui, infectées, sont plus nombreuses à ne plus être capable de retrouver la ruche :


- relâchées à 400m maximum de la ruche, le taux de non-retour de butineuses augmenterait de 50% en cas d’infestation par varroa , par rapport à des colonies saines ;


- quand elles sont infectées par Nosema ceranae, les butineuses seraient 2,7 fois plus nombreuses à ne pas retrouver la ruche  (à 30m !) que les abeilles non infectées.


Pour mémoire, dans l’étude de Henry et al. (2012)  qui a motivé le Ministre de l’Agriculture à interdire le Cruiser (et qui n’est pas étrangère non plus à la suspension pour deux ans des néonicotinoïdes), les abeilles sont relâchées à 1Km de la ruche.


Dans le même genre, et toujours concernant les effets de N. ceranae, les travaux de (entre autres) Claudia Dussaubat ont mis en évidence que l’infection provoque chez les ouvrières malades des changements de niveau de la principale phéromoneLes phéromones sont des hormones émises par la plupart des animaux et qui agissent comme des messagers sur des individus de la même espèce. Extrêmement actives elles agissent en quantités infinitésimales, si bien qu'elles peuvent être détectées, même transportées à plusieurs kilomètres. Chez les mammifères et les reptiles, les phéromones sont détectées par l'organe voméro-nasal, tandis que les insectes utilisent généralement leurs antennes (source : Wikipédia) du butinage  (l’oléate d'éthyle), avec comme conséquence des abeilles qui deviennent butineuses plus précocement. Ce qui suffit déjà en soi à faire baisser leur espérance de vie (sans compter que leur intestin est devenu moins fonctionnel). Autrement dit, on peut dire que N. ceranae provoque des perturbations endocriniennes qui déstructurent les relations entre castes.


L’étude suggère de plus que cette accélération de la maturation comportementale des abeilles infectées par Nosema ceranae tend à faire ralentir celle des abeilles saines de même âge, qui restent plus longtemps à faire des tâches moins dangereuses à l’intérieur de la ruche.


Les auteurs y voient possiblement une stratégie de défense de la colonie contre l’infection : en envoyant les malades mourir loin de la ruche pour diminuer les sources d’infection, et en gardant les individus sains plus longtemps en sécurité.


Manifestement, la désorientation des abeilles, c’est aussi l’affaire des pathologies.


Sources :
http://www.apidologie.org/articles/apido/pdf/2006/05/m6048.pdf
http://www.apidologie.org/articles/apido/pdf/2010/01/m08086.pdf
http://sciences.blogs.liberation.fr/files/abeilles-pesti-2.pdf
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23352958


Julien Chagué

Reproduction autorisée avec mention : © Réseau Biodiversité pour les Abeilles
et un lien vers le présent article.

Cet article a été ajouté en ressource à la rubrique Arbre des causes des facteurs de surmortalité des abeilles 
 
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