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  (18/12/2013) Démographie de l’apiculture européenne

pourcentage d'apiculteurs professionnels en Europe


L’ANSES, laboratoire de référence de l'Union Européenne pour la santé des abeilles depuis fin 2010, a publié en novembre sur PLOSone les résultats d’une étude de la démographie de l’apiculture européenne.


Ce travail trouve son origine dans le besoin souligné par les auteurs de disposer de données plus solides sur l’état de l’apiculture à l’échelle européenne, que celles disponibles jusque-là. Avoir un état des lieux aussi précis que possible des populations d’apiculteurs et de colonies dans les différents états est en effet selon eux primordial pour l’élaboration d’outils de suivi épidémiologiques, et surtout pour minimiser le risque de concevoir des outils peu ou pas adaptés.


Le contexte, que les auteurs ne manquent pas de rappeler, c’est le besoin actuel de tels outils épidémiologiques, pour mieux mesurer le poids relatif des différents facteurs en cause dans la surmortalité des abeilles.


L’ANSES a donc fait parvenir aux 25 laboratoires nationaux de référence (un seul par pays pour l’apiculture), ainsi qu’à des contacts en Norvège et au Kosovo, deux questionnaires successifs, à renseigner avec les données de l’année 2010. L’ANSES n’a pas demandé aux laboratoires nationaux de réaliser une étude ou une enquête à l’échelle de leur pays, mais de reporter dans ces questionnaires les données et statistiques existantes, indépendamment qu’elles aient été produites par le laboratoire de référence en question ou par les organisations apicoles nationales.


Les résultats de cette enquête constituent du coup la vision synthétique de l’apiculture européenne la plus actualisée et la plus lisible qui soit disponible.


Le nombre total de colonies sur le territoire de l’Union Européenne a été estimé à un peu moins de 14 millions.


Ce chiffre est néanmoins sous-estimé, puisque seuls 21 pays sur les 27 ont complètement renseigné le nombre de colonies par apiculteur.


 




Ces données mettent en évidence la grande hétérogénéité de l’apiculture en Europe d’un pays à l’autre. Le nombre moyen de ruches par apiculteur varie par exemple de 5 (Royaume-Uni) à 103 (Espagne), et la densité de ruches passe de 0,1 / Km² en Norvège ou en Finlande (et est de manière générale et logique faible dans le Nord de l’Europe) à plus de 11 en Grèce.


Cinq pays ont un cheptel estimé de plus d’un million de ruches : par ordre décroissant l’Espagne (loin devant avec près de 2,5 millions de colonies), la Grèce, la France, l’Italie et la Pologne. La Hongrie et la Roumanie sont justes derrière avec plus de 950 000 ruches.


Le nombre total d’apiculteurs en Europe est estimé à un peu moins de 620 000.


C’est en Allemagne (et non en Italie comme mis en gras par erreur dans le tableau) que la population d’apiculteurs est la plus importante, mais avec un nombre moyen de ruches par apiculteurs parmi les plus faibles (et seulement un apiculteur sur 1 000 qui est professionnel).


Un des rares points communs entre de nombreux pays est la très forte proportion d’apiculteurs de loisirs, qui est supérieure ou égale à 90% dans 21 des 25 pays pour lesquels la donnée est disponible ou calculable. Les pays où l’apiculture est au contraire la plus professionnalisée sont la Grèce (où près de 40% des apiculteurs sont professionnels), l’Espagne (23%), ou la Roumanie (27%). Les auteurs rappellent néanmoins la prudence à garder dans la comparaison de ce type d’indicateur, la définition d’un apiculteur professionnel pouvant varier d’un pays à l’autre.


L’étude s’intéresse également à la formation apicole, qui n’est obligatoire dans aucun pays de l’UE pour se lancer en apiculture. Une formation continue est obligatoire dans seulement deux pays (Portugal et Roumanie). Dans cinq pays (Espagne, Slovaquie, Hongrie, et encore Portugal et Roumanie), un accord des autorités est tout de même nécessaire avant de se lancer. Les auteurs pointent aussi la grande variabilité des modalités de déclaration des ruches, obligatoire ou non, ou seulement sous certaines conditions.



La production de miel en Europe en 2010 a été estimée à un peu plus de 220 000 tonnes.


 




L’Espagne est sans surprise, vue la taille de son cheptel, le 1er producteur. Parmi les pays qui ont les plus importants cheptels, c’est la Roumanie (2,3 tonnes / 100 ruches) et l’Italie (2,0 tonnes) qui présentent la meilleure productivité. Les plus gros cheptels (Espagne, Grèce et France) tournent plutôt entre 1 et 1,5 tonnes produites par 100 ruches.


La Roumanie a ainsi produit plus de miel que la France en 2010, avec un cheptel pourtant 30% plus petit. Et cela alors même que les Roumains sont déjà parmi les plus gros producteurs d’essaims (le premier pays producteur sur la base des données renseignées).




L'étude apporte aussi une nouvelle illustration de la variabilité du taux de mortalité des abeilles d'un pays à l'autre.


La comparaison du nombre de maladies à déclaration obligatoire recensées, qui est présentée dans l’étude, souffre clairement de la non homogénéisation des listes de maladies à déclarer d’un pays à l’autre. Il est plus intéressant de comparer le taux de mortalité estimé (non présenté pour les pays pour lesquelles les données n’étaient pas cohérentes ; pas de donnée pour l’Espagne ou la Grèce notamment) :

 





On observe là encore des variations importantes d’un pays à l’autre, avec des mortalités parfois très importantes en Hongrie (entre 30 et 40%) ou en Belgique (près de 30%). A l’opposé, avec 5% de mortalités maximum estimé en 2010, la Roumanie fait figure d’exception, et est le seul pays à présenter en 2010 une mortalité inférieure aux 10% considérés en France comme acceptables.


Enfin, exercice intéressant, les auteurs ont cherché à comparer les causes de mortalités rapportées par les apiculteurs à celles rapportées par les laboratoires de référence nationaux. Cela permet de voir qu’à l’échelle européenne :


- tout le monde est d’accord pour reconnaître le varroa comme ennemi n°1.


-que certaines causes semblent être sous-estimées par les apiculteurs (les virus notamment, et dans une moindre mesure la loque américaine et le Nosema ceranae, ou encore les mauvaises pratiques apicoles).


- ou au contraire que certains problèmes sont apparemment surestimés (les intoxications, ou la faiblesse des reines).


Les auteurs insistent néanmoins sur les précautions à prendre avec ces résultats, étant donné qu’il s’agit d’estimation qualitatives.


Ce travail très intéressant met en tous cas en évidence la grande hétérogénéité de l’apiculture européenne. Il permet aussi de constater que dans certaines conditions, comme en Roumanie, il est aujourd’hui encore possible d’avoir un cheptel relativement important qui soit capable de produire miel et essaims en quantités, tout en maintenant un taux de mortalité acceptable.


Petite précision : lors de l’édition 2013 de la Semaine européenne de l’abeille et de la pollinisation co-organisée par le RBA, un représentant de l’apiculture roumaine nous avait informés que cette production de miel de plus de 20 000 tonnes en 2010 n’était que d'environ 10 000 tonnes 10 ans plus tôt. Une belle preuve que des progrès sont possibles en apiculture, même au début du XXIe siècle.


Même s’il n’est évidemment pas question pour nous de dire que l’apiculture française et l’apiculture roumaine sont naturellement comparables, nul doute qu’il y a probablement quelques bonnes idées à aller prendre à Bucarest et aux alentours.


Source : http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0079018



Julien Chagué

Reproduction autorisée avec mention : © Réseau Biodiversité pour les Abeilles
et un lien vers le présent article.


Cet article a été ajouté en ressource à la rubrique L'abeille domestique au service de la pollinisation de la flore naturelle et des espèces cultivées
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