Historique et présentation
Dès 1993, des Fédérations Départementales de Chasseurs étaient les premières associations à entreprendre un travail, en collaboration avec les agriculteurs, afin de valoriser les parcelles de jachères, tout juste réintroduites dans l’agriculture moderne par la réforme de la PAC de 1992. Les chasseurs avaient en effet très rapidement compris à l’époque que cette réforme ouvrirait des espaces et mobiliserait des surfaces dans les milieux ruraux, surfaces qu’une gestion appropriée pourrait rendre favorables au petit comme au grand gibier.
Les premiers contrats pour la mise en place de Jachères Environnement et Faune Sauvage (JEFS) sont donc signés dès 1993. Dans tous les départements concernés, la procédure administrative retenue est la suivante : signature d’une convention départementale entre le Préfet (DDAF), la Chambre Départementale d’Agriculture et la Fédération Départementale des Chasseurs ; mise au point d’un cahier des charges techniques élaboré au niveau départemental, puis signature de contrats individuels de jachère « faune sauvage » entre les agriculteurs candidats et les sociétés de chasse locales. L’agriculteur candidat reçoit de la part des chasseurs une compensation financière (plus parfois le don des semences) qui correspond aux surcoûts induits par la gestion demandée pour le respect de la faune.
Plusieurs types de contrats
Aujourd’hui, dans plus de 70 départements où ces conventions existent, deux types principaux de contrats JEFS sont notés : les contrats classiques et les contrats adaptés. Alors que les contrats classiques reprennent la liste des espèces autorisées sur les jachères agronomiques, les contrats adaptés offrent la possibilité de semer, dans des mélanges à la composition bien déterminée, des espèces mieux adaptées à la protection de la faune sauvage (mélanges avec du sarrasin, du maïs…)
L’autre grande adaptation de la réglementation des JEFS concerne les dates d’interdiction de broyage de ces parcelles. En effet, les broyages non raisonnés réalisés par les agriculteurs sur leurs parcelles de jachères peuvent causer de grands dégâts sur la faune sauvage, s’ils sont réalisés aux périodes de nidification du gibier : de nombreux nids sont alors détruits par le passage du broyeur. La réglementation JEFS, en augmentant la durée de la période pendant laquelle le broyage des jachères est interdit, permet ainsi de minimiser les dégâts sur la faune sauvage de cette pratique d’entretien des parcelles gelées.
Les jachères fleuries
A partir 1999, apparaît un troisième type de contrat JEFS : la jachère fleurie. L’objectif annoncé n’est plus de favoriser la faune sauvage, mais d’embellir les paysages. Placé préférentiellement le long de voies de communication (route, sentiers…), ces jachères sont semées d’espèces « fleuries » (type cosmos, zinnia, centaurée…), qui sont le plus souvent annuelles (ce qui implique la nécessité de ressemer tous les ans la parcelle si on veut la conserver). Ces jachères fleuries, et l’engouement qu’elles suscitent dans le grand public, se sont très vite développés, et il n’est pas rare, pendant la période de floraison de ces parcelles, de voir des passants s’arrêter en bordure pour cueillir quelques fleurs. De plus, certaines espèces retenues pour les jachères fleuries offrent un intérêt apicole : les abeilles butineuses, mais aussi d’autres insectes pollinisateurs, trouvent alors de nouvelles sources de nectar et de pollen. Reste aujourd’hui, par des mesures sur des colonies d’abeilles domestiques, à quantifier cet intérêt apicole. Le Réseau Biodiversité pour les abeilles, notamment, va tenter d’apporter sa contribution à cette recherche dans les années à venir.
Les JEFS à leur vitesse de croisière
Pour la campagne 2004/2005, plus de 30 600 ha de JEFS étaient répertoriées au niveau national. Après avoir augmenté sensiblement entre 1998 et 2001 (de 20 000 à 37 000 ha, soit une augmentation de 85% en 4 campagnes), les surfaces de JEFS oscillent depuis entre 25 000 et 30 000 ha annuels (hors contrats CTE (Contrats Territoriaux d’Exploitation) ou CAD (Contrats d’Agriculture Durable)). Avec les JEFS, ce sont plus de 10 000 agriculteurs qui se sont engagés en faveur de la préservation de la faune sauvage, démontrant une fois de plus la volonté du monde agricole de s’impliquer pour la défense de l’environnement et de la biodiversité. |